Amoris Laetitia : une bombe pastorale

8 avril 2016

Entretien d’Aleteia.fr avec Alex Lauriot-Prévost, délégué diocésain à la Nouvelle Evangélisation, au sujet de l’exhortation du Pape François, La Joie de l’Amour.

Alex et sa femme Maud sont depuis octobre 2011 les nouveaux délégués épiscopaux de la Nouvelle Évangélisation pour le diocèse d’Avignon. Depuis 2007, ils sont membres de la Communion Priscille et Aquila qui réunit des couples engagés ensemble dans l’évangélisation kérygmatique ; ils en sont les modérateurs depuis 2011.

Aleteia : Quel sentiment vous habite à l’issue de la lecture de cette exhortation apostolique ?

Alex Lauriot Prévost : Je pense tout simplement que ce texte sera une mine d’inspiration pour les années à venir. François pointe la nécessité de présenter l’Évangile des chrétiens de manière plus attractive et contagieuse. En fait Amoris Laetitia est ni plus ni moins l’application sur la vie de couple de son encyclique Gaudium Evangelii.

Dans le chapitre 4 par exemple, le Pape insiste sur le fait que l’œuvre du Christ est là pour restaurer le mariage, une expérience profonde de bénédiction, de joie réelle. Il insiste bien sur le fait qu’accueillir le Seigneur dans sa vie conjugale doit être vécu comme une libération et une restauration et non comme une somme de règles à suivre. C’est précisément cela l’essentiel. La pastorale familiale doit repartir sur cette base de manière à introduire les personnes concernées dans la « contagion » de l’Évangile. Les premiers acteurs de la pastorale familiale, que sont les couples, ne doivent pas seulement répandre un catéchisme, mais avant tout témoigner de leur expérience bénéfique de leur intimité avec Dieu dans leur couple. Voilà ce qui rend l’Évangile attractif ! Par cette exhortation, le pape François montre à quel point il a compris qu’il faut répondre aux aspirations existentielles et aux besoins fondamentaux des hommes.

Trouvez-vous à Amoris Laetitia des aspects négatifs ?

Très honnêtement, non. Je suis pour l’instant dans une phase d’émerveillement. Il est certain qu’il y aura un avant et un après Amoris Laetitia, du moins dans le domaine de la famille. Le cardinal Scola, archevêque de Milan, a dit un jour : « Lorsque l’enseignement sur la théologie du corps et du mariage [de Jean Paul II, ndlr] sera appliqué aux individus, cela fera l’effet d’une bombe pastorale ». Eh bien, nous y sommes ! Le pape François, par cette exhortation apostolique, s’adresse concrètement à tous. Je peux d’ores et déjà vous dire que cela va être une matière considérable pour nous qui évangélisons dans les familles. Jusqu’à présent, nous nous appuyions sur l’enseignement de saint Jean Paul II et de Benoît XVI, je sais que désormais nous nous appuierons énormément sur le pape François.

Je perçois déjà des perles qui vont être autant de superbes tremplins pour rendre encore plus attractif l’évangile du mariage et à la fois un très bon outil de formation pour les couples évangélisateurs. Mon expérience de trente ans m’a fait réaliser à quel point de nombreuses pastorales familiales agissaient tels des repoussoirs. Là, tout va changer car le pape François s’adressent à ces paroisses et leur explique à quel point il faut être attractif et souligner les points bénéfiques qu’il y a à appartenir à l’Église.

Certains passages en particulier vous ont-ils surpris ?

Oui, le pape François aborde de manière incroyable la question de la sexualité ; c’est du jamais-vu. Il indique clairement un chemin de conversion en soulignant le bénéfice de la sexualité pour les époux et à quel point il est important de retrouver un juste équilibre (n° 74, 75, 151 et 152 entre autres). Il insiste sur le fait que la foi chrétienne nous permet de nous recentrer sur le vrai érotisme ; cela consiste à éviter deux écueils : celui de ne jamais se donner mais seulement prendre, notamment en consommant de la pornographie, et celui au contraire de négliger la relation sexuelle dans le couple. Cela montre le chemin parcouru depuis saint Jean-Paul II : encore une fois, François a repris à son compte ses analyses pour les rendre encore plus proches des hommes et des femmes.

Propos recueillis par Arthur Herlin
Source : Aleteia.fr