« Et le Verbe s’est fait chair ». Le mystère de l’Incarnation au coeur de l’Education

8 juin 2021

Par M. Olivier Julien, Chef d’établissement du collège Notre-Dame de la Tour d’Aigues

Le Mercredi 17 Mars dernier, de nombreux Chefs d’Etablissements, animateurs en Pastorale Scolaire ainsi que leurs prêtres accompagnateurs se sont retrouvés pour une journée de recollection à l’invitation de la DDEC du Vaucluse.

Nous fûmes accueillis au Sanctuaire de Notre Dame de Grâce situé dans le Gard entre Avignon et Nimes.

La découverte de ce lieu de culte marial exceptionnel (mais l’on pourrait me rétorquer qu’ils le sont tous, à l’image de celle qu’ils honorent !) fut un émerveillement même si notre montée en voiture ne fut pas aussi symbolique que les ascensions à pied ou à dos de mules des pèlerins du passé.

La tradition fait remonter la création d’une première chapelle votive dédiée à la Vierge et à Ste Victoire, aux règnes de Pépin-le-Bref ou de son fils Charlemagne. Cette pieuse fondation serait liée aux combats menés contre les sarrazins dans la Septimanie de ces temps reculés.

Comme souvent, les sources deviennent plus historiques et précises à partir des X° & XI° siècles

Entre les XII° et XVII° siècle, s’élevait une humble chapelle romane aux modestes dimensions. On y vénérait une « Vierge Noire ».

La tradition stipulait que cette statue avait été dissimulées dans une anfractuosité de rochers pour la soustraire aux profanations sarrasines et aurait été miraculeusement retrouvée par un pâtre à la suite d’un orage, après que la foudre ait frappé la colline. Toujours selon la coutume, cette invention miraculeuse se situait au milieu du XII° siècle….

Au XIV° siècle, l’installation des papes en Avignon bénéficia au sanctuaire malgré les troubles causés par la Guerre dite de « Cent Ans » et les épidémies qui en découlèrent…

Les XV° et XV° siècles furent tragiques avec une lente décadence achevée par les ravages des Guerres de Religion dans une province du royaume particulièrement touchée par les affrontements, massacres et pillages entre catholiques et protestants. La vénérable « Vierge Noire » romane n’y survécut pas….

Les XVII° et XVIII° siècles aboutirent lentement mais surement au lieu marial actuel avec des embellissements constants. En 1634, une statue dorée de la madone à l’enfant fut placée derrière le maître-autel. Nous la vénérons encore aujourd’hui malgré la révolution française qui semble avoir été moins iconoclaste qu’en d’autres lieux, affrontant la population locale et ses prises de positions favorables au sanctuaire.

Spirituellement, c’est à partir de cette époque que Notre Dame de Grace invoquée et reconnue protectrice contre les maladies ou les « accidents de la vie » allait être remerciée par de nombreux ex-voto peints sur divers supports, auxquels le lieu actuel consacre une salle muséale du meilleur gout et du plus grand intérêt théologique, philosophique, historique et ethnologique. 

En effet, signifiant « après le vœu », les ex-voto peints constituent un témoignage irremplaçable de la piété de nos ancêtres en liens constants avec les forces surnaturelles, mais aussi de leur périlleuse vie quotidienne empreinte de dangers que nous avons oubliés, ou que nous combattons désormais avec une certaine facilité…

Mais même grandement démunis pour tout ce qui concernait les moyens technologiques et prophylactiques, nos aïeux n’étaient-ils pas plus solides sur le plan spirituel en se remettant entre les mains de la Mère du Sauveur, celui qui est le début et fin de toute chose, l’alpha et l’oméga, nous protégeant des faiblesses et défaillances de nos humaines conditions ?

Cette question permet d’introduire l’événement central de ce temps de ressourcement marqué par l’enseignement du Père Nicolas BUTTET, prêtre suisse, fondateur de la Fraternité Eucharistein qui accueille notamment, des jeunes en difficulté.

Avec la rigueur d’un grand théologien mais dans un style profondément humain et abordable teinté d’expériences vécues et souvent humoristiques, le Père BUTTET nous a invité à méditer les mystères de l’Incarnation, c’est-à-dire « Dieu qui vient marcher sur la terre parmi les hommes et les femmes ».

Sur le fond, il nous a gratifié de profondes réflexions philosophiques, théologiques et historiques…

Voici un court florilège de ce que nous avons pu entendre et retenir :

  • Dieu n’est pas une idée, il est quelqu’un !
  • Le Verbe s’est fait chair, il a assumé ma misère, il l’a abordé jusqu’à l’injuste tragédie de la mort sur la croix.
  • L’incarnation représente un vrai scandale au regard de l’Histoire humaine. Le fondamental consiste dans le fait que Dieu ait marché sur la terre, pas que l’Homme ait pu accomplir les mêmes gestes sur la lune. 
  • Jésus ressuscité est le centre de notre foi chrétienne et c’est pour nous aider à le connaitre, à le rencontrer que le dogme, la catéchèse et la morale existent. Cependant, toute vraie relation avec lui se rattache à l’intime et l’indicible.
  • Dieu ne possède pas de mots pour dire : « je te hais ». La foi conduit à l’amour et sans l’un, l’autre périt.
  • Le pire des totalitarismes est la suppression de la verticalité entre l’Homme et Dieu et il s’agit d’un véritable enjeu dans nos sociétés occidentales actuelles, en proie à une crise spirituelle profonde. Il nous faut enseigner aux jeunes qu’il leur faut creuser la question de la Foi, que la rencontre avec le Christ sauve !

Entre les deux temps d’enseignement, le Père BUTTET et nos prêtres concélébrèrent une eucharistie précédée d’une adoration du Saint Sacrement et de la proposition du sacrement de pénitence et de réconciliation.

Le déjeuner se déroula en silence, à l’écoute d’une lecture d’un texte du Pape Benoit XVI.

En cette période incertaine, compliquée et parfois difficile, ce temps de ressourcement et de silence a permis tout à la fois, découvertes spirituelles et théologiques et introspection personnelles…

Nous avons pu remercier et louer le Seigneur d’avoir accepté de venir parmi nous au sein de notre Humanité si belle mais tellement vulnérable, ainsi que pour toutes ses merveilles : la Nature, les beautés architecturales et artistiques élaborées au fil du temps, l’enseignement par un esprit brillant mais abordable.

Olivier JULIEN
Chef d’Etablissement
Collège Notre Dame à la Tour d’Aigues