« Le fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il encore la foi sur terre ? »

18 octobre 2013

Extrait de la Lettre d’Informations du Diocèse d’Avignon, octobre 2013


Qui d’entre nous peut entendre la phrase de Luc (18, 8) sans un serrement de coeur ? On ne s’habitue pas à cette anxieuse question du Christ, elle nous « interpelle » toujours. La foi, notre foi en Jésus-Christ fils de Dieu, pourrait-elle disparaître de la surface de la terre ? Beaucoup de choses sont en jeu derrière ce « suspens » dramatique : c’est toute l’histoire du Salut qui est menacée.
Le grand théologien allemand Karl Rahner défend dans son oeuvre l’idée que l’homme naît en quelque sorte « apte à recevoir la parole divine », c’est-à-dire « capable de Dieu », capable de se laisser instruire par la Révélation, et capable d’accueillir finalement ce sommet de la foi qu’est l’Incarnation. Merveilleux cadeau fait à la créature : l’homme est créé « tourné vers Dieu ». Mais le christianisme s’est élaboré peu à peu en religion exigeante, où la transmission des textes et de la tradition est capitale. Or, si, au premier abord, l’Évangile peut paraître simple dans sa ligne de crête : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »… l’est-il vraiment, en profondeur, avec son contexte si différent du nôtre, rural et pastoral ; avec certaines paraboles qui demandent une étude fine, au-delà du sens littéral ; avec les affirmations aussi de Jésus nous annonçant, par exemple, qu’il est un signe de contradiction parmi les hommes ?

Mystère de la Création, mystère de la relation Trinitaire en Dieu, mystère du péché de l’homme et de son « rachat », mystère du libre arbitre et de la grâce… Les jeunes d’aujourd’hui aiment la vitesse, les solutions évidentes, le conformisme de la « tribu » ; ils vivent dans un monde qui se flatte de n’avoir d’autre horizon que cette vie-ci, terrestre, où toute idée de transcendance paraît suspecte. Comment leur « passer » cet enseignement difficile d’une Vérité qui s’est faite Amour, d’un Dieu qui s’est voulu petit enfant, d’un Absolu qui nous a créés libres ? Et comment les intéresser à la foi, quand tout, à présent, dans la modernité, cherche à les en détourner ? Foi qui leur devient d’autant moins accessible que certains parents chrétiens ne proposent plus, avec pudeur, à leurs enfants, qu’un « témoignage de vie » afin, surtout, « de ne rien imposer »… Atteindrons-nous ainsi un point de non-retour où la foi se perdra ? Et sommes-nous en train de voir s’éteindre le dynamisme chrétien ?

Si l’on regarde dans l’histoire les débuts du christianisme, on se rend compte qu’au départ la petite « secte juive » dissidente des chrétiens ne paraissait guère avoir d’avenir ; la persécution de Néron qui fit flamber dans l’arène les premiers martyrs sous les huées de la foule aurait même dû amorcer leur déclin rapide ; et la critique acerbe des intellectuels grecs, ridiculisant les fondements de notre foi, aurait logiquement dû mettre en pièces « la folie de la Croix ». Mais tout cela, et même les tragiques divisions internes des Églises, n’a jamais pu arrêter la vitalité de la Parole de Dieu. A travers mille difficultés, mille désordres, et des révisions parfois déchirantes, notre foi a continué de se dire, de se transmettre, de se vivre. Aujourd’hui, elle germe et croît ailleurs, avec le relais des communautés émergentes d’Afrique, d’Amérique, d’Asie…

Le Fils de l’Homme, lorsqu’il reviendra, trouvera ainsi, c’est notre espérance, la fidélité gardée et renouvelée. A nous maintenant, sur le vieux socle chrétien, de croire avec encore suffisamment de foi vive pour que nos enfants puissent être, eux aussi, veilleurs, serviteurs, et témoins !


Simone Grava-Jouve