Message du pape François pour les JMJ de Lisbonne

20 février 2023

Chers jeunes !

Le thème des JMJ de Panama était : « Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Après cet événement, nous avons repris la route vers une nouvelle destination – Lisbonne 2023 – en laissant résonner dans nos coeurs l’invitation pressante de Dieu à nous lever. En 2020, nous avons médité la parole de Jésus : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » (Lc 7, 14). L’année dernière, nous avons été inspirés par la figure de l’apôtre saint Paul, à qui le Seigneur ressuscité a dit : Lève-toi ! Sois témoin de ce que tu as vu (cf. Ac 26, 16). Sur le bout de route qui nous sépare encore de Lisbonne, nous marcherons avec la Vierge de Nazareth qui, immédiatement après l’annonciation, « se leva et partit à la hâte » (Lc 1, 39) pour aller aider sa cousine Elisabeth. Le verbe commun aux trois thèmes est se lever, une expression qui – rappelons-le – prend aussi le sens de « se relever », « s’éveiller à la vie ».
En ces derniers temps difficiles, alors que l’humanité, déjà éprouvée par le traumatisme de la pandémie, est déchirée par le drame de la guerre, Marie rouvre pour tous et en particulier pour vous, jeunes comme elle, le chemin de la proximité et de la rencontre. J’espère, et je crois fermement, que l’expérience que beaucoup vivront à Lisbonne en août prochain représentera un nouveau départ pour vous, les jeunes, et – avec vous – pour toute l’humanité.

 

Marie se leva

Marie, après l’annonciation, aurait pu se concentrer sur elle-même, sur les inquiétudes et les craintes dues à sa nouvelle condition. Mais non, elle fait entièrement confiance à Dieu. Elle pense plutôt à Elisabeth. Elle se lève et sort à la lumière du soleil, là où il y a de la vie et du mouvement. Bien que l’annonce bouleversante de l’ange ait provoqué un » tremblement de terre » dans ses plans, la jeune fille ne se laisse pas paralyser, car en elle se trouve Jésus, puissance de résurrection. Elle porte déjà l’Agneau immolé mais toujours vivant. Elle se lève et se met en mouvement, car elle est certaine que les plans de Dieu sont le meilleur projet possible pour sa vie. Marie devient temple de Dieu, image de l’Église en chemin, de l’Église qui sort et se met au service, de l’Église porteuse de la Bonne Nouvelle !

Faire l’expérience de la présence du Christ ressuscité dans sa vie, le rencontrer « vivant », est la plus grande joie spirituelle, une explosion de lumière qui ne peut laisser personne « immobile ». Elle nous met immédiatement en mouvement et nous pousse à porter cette nouvelle aux autres, à témoigner de la joie de cette rencontre. C’est ce qui anime la hâte des premiers disciples dans les jours qui suivent la résurrection : « Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciple » (Mt 28, 8).
Les récits de résurrection utilisent souvent deux verbes : se réveiller et se lever. Avec eux, le Seigneur nous incite à sortir à la lumière, à nous laisser conduire par Lui pour franchir le seuil de toutes nos portes fermées. « C’est une image qui a du sens pour l’Église. Nous aussi, comme disciples du Seigneur et comme Communauté chrétienne, nous sommes appelés à nous lever à la hâte afin d’entrer dans le dynamisme de la résurrection et nous laisser conduire par le Seigneur sur les routes qu’Il veut nous indiquer » (Homélie en la solennité des saints Pierre et Paul, 29 juin 2022).

La Mère du Seigneur est le modèle des jeunes en mouvement, non pas immobiles devant le miroir à contempler leur propre image, ou « pris au piège » dans des réseaux. Elle est toute tournée vers l’extérieur. Elle est la femme pascale, en état permanent d’exode, de sortie d’elle-même vers le tout Autre qu’est Dieu et vers les autres, ses frères et soeurs, surtout les plus démunis, comme l’était sa cousine Elisabeth.

 

… et partit en hâte

Saint Ambroise de Milan, dans son commentaire de l’Évangile de Luc, écrit que Marie se rendit en hâte sur la montagne « parce qu’elle était heureuse de la promesse et désireuse d’accomplir un service avec dévotion, avec l’élan qui lui venait de la joie intime. Où, remplie de Dieu, pourrait-elle à présent se hâter, sinon vers les hauteurs ? La grâce du Saint-Esprit ne souffre pas de lenteur ». La hâte de Marie est donc la sollicitude du service, de l’annonce joyeuse, de la réponse prête à la grâce de l’Esprit Saint.

Marie s’est laissée interpeller par le besoin de sa cousine âgée. Elle ne s’est pas dérobée, elle n’est pas restée indifférente. Elle a pensé plus aux autres qu’à elle-même. Et cela a donné du dynamisme et de l’enthousiasme à sa vie. Chacun d’entre vous peut se demander : comment est-ce que je réagis face aux besoins que je vois autour de moi ? Est-ce que je pense immédiatement à une justification pour me désengager, ou est-ce que je m’intéresse et me rend disponible ? Bien sûr, vous ne pouvez pas résoudre tous les problèmes du monde. Mais peut-être pouvez-vous commencer par ceux qui sont plus proches de vous, par les questions qui se posent dans votre région. On a dit un jour à Mère Teresa : « Ce que vous faites n’est qu’une goutte dans l’océan ». Et elle a répondu : « Mais si je ne le faisais pas, l’océan aurait une goutte de moins ».

Face à un besoin concret et urgent, il faut agir vite. Combien de personnes dans le monde attendent la visite de quelqu’un qui s’occupera d’elles ! Combien de personnes âgées, de malades, de prisonniers, de réfugiés ont besoin de notre regard compatissant, de notre visite, d’un frère ou d’une soeur qui surmonte les barrières de l’indifférence !

Quelles sont les « hâtes » qui vous émeuvent, chers jeunes ? Qu’est-ce qui vous fait ressentir l’envie de bouger, au point de ne pas pouvoir rester immobile ? Beaucoup de personnes – touchées par des réalités telles que la pandémie, la guerre, la migration forcée, la pauvreté, la violence, les catastrophes climatiques – se posent la question suivante : pourquoi cela m’arrive-t-il ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Et alors, la question centrale de notre existence est : pour qui suis-je ? (cf. Exhort. ap. postsyn. Christus vivit, n. 286).

La hâte de la jeune fille de Nazareth est celle de ceux qui ont reçu du Seigneur des dons extraordinaires et qui ne peuvent s’empêcher de partager, de faire déborder l’immense grâce qu’ils ont expérimentée. C’est la hâte de ceux qui savent placer les besoins des autres au-dessus des leurs. Marie est l’exemple d’une jeune qui ne perd pas de temps à rechercher l’attention ou l’approbation des autres – comme c’est le cas lorsque nous dépendons des « j’aime » sur les réseaux sociaux – mais qui se met en quête de la connexion la plus authentique, celle qui naît de la rencontre, du partage, de l’amour et du service.

Depuis l’Annonciation, depuis qu’elle est partie la première fois pour rendre visite à sa cousine, Marie n’a pas cessé de traverser des espaces et des temps pour rendre visite à ses enfants qui ont besoin de son aide attentionnée. Notre marche, si elle est habitée par Dieu, nous conduit directement au coeur de chacun de nos frères et soeurs. Combien de témoignages nous parviennent de personnes « visitées » par Marie, Mère de Jésus et notre Mère ! Dans combien de lieux reculés de la terre, où, au cours des siècles – par des apparitions ou des grâces particulières -, Marie a visité son peuple ! Il n’y a guère de lieux sur cette terre qu’elle n’ait visités. La mère de Dieu marche au milieu de son peuple, mue par une tendresse délicate, et prend sur elle ses angoisses et ses vicissitudes. Et partout où il y a un sanctuaire, une église, une chapelle qui lui est dédiée, ses enfants accourent nombreux. Combien d’expressions de piété populaire ! Les pèlerinages, les fêtes, les supplications, l’accueil d’images dans les maisons, et tant d’autres, sont des exemples concrets de la relation vivante entre la Mère du Seigneur et son peuple, qui se visitent réciproquement !

La bonne hâte nous pousse toujours vers le haut et vers l’autre

Une bonne hâte nous pousse toujours vers le haut et vers l’autre. Il existe, en revanche, une hâte qui n’est pas bonne, comme celle, par exemple, qui nous porte à vivre de manière superficielle, à prendre tout à la légère, sans engagement ni attention, sans vraiment participer aux choses que nous faisons ; la hâte qui nous fait vivre, étudier, travailler, fréquenter les autres sans y mettre notre tête, et encore moins notre coeur. Cela peut se produire dans les relations interpersonnelles : en famille, lorsque nous n’écoutons jamais vraiment les autres et ne leur consacrons pas de temps ; dans les amitiés, lorsque nous attendons d’un ami qu’il nous divertisse et réponde à nos exigences, mais que nous évitons pour aller vers un autre si nous voyons qu’il est en crise et qu’il a besoin de nous ; mais aussi dans les relations affectives, entre fiancés, peu ont la patience d’apprendre à se connaître et à se comprendre en profondeur. Nous pouvons avoir cette même attitude à l’école, au travail et dans d’autres domaines de la vie quotidienne. Eh bien, toutes ces choses vécues à la hâte porteront difficilement des fruits. Il y a un risque qu’elles restent stériles. C’est ce que nous lisons dans le livre des Proverbes : « Les plans de l’homme actif lui assurent du profit ; mais la précipitation conduit à l’indigence » (21, 5).

Lorsque Marie arrive enfin chez Zacharie et Elisabeth, une merveilleuse rencontre a lieu ! Elisabeth fait en elle-même l’expérience d’une intervention prodigieuse de Dieu, qui lui donne un fils dans sa vieillesse. Elle aurait toutes les raisons de parler d’elle en premier, mais elle n’est pas imbue d’elle-même, elle est tendue pour accueillir sa jeune cousine avec le fruit de ses entrailles. A peine entend-elle la salutation, qu’Elisabeth est remplie de l’Esprit Saint. Ces surprises et ces irruptions de l’Esprit se produisent lorsque nous vivons une véritable hospitalité, lorsque nous mettons l’invité, et non nous-mêmes, au centre. C’est également ce que nous voyons dans l’histoire de Zachée. En Luc 19, 6, nous lisons : « Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : “Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison”. Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie ».

Il est arrivé à beaucoup d’entre nous que, de manière inattendue, Jésus vienne à notre rencontre : pour la première fois, nous avons fait l’expérience avec Lui d’une proximité, d’un respect, d’une absence de préjugés et de condamnations, d’un regard de miséricorde que nous n’avions jamais rencontré chez les autres. De plus, nous avons perçu également qu’il ne suffisait pas à Jésus de nous regarder de loin, mais qu’il voulait être avec nous, qu’il voulait partager sa vie avec nous. La joie de cette expérience a suscité en nous la hâte de l’accueillir, l’une urgence d’être avec Lui et de mieux Le connaître. Elisabeth et Zacharie ont accueilli Marie et Jésus ! Apprenons de ces deux personnes âgées le sens de l’hospitalité ! Demandez à vos parents et grands-parents, ainsi qu’aux membres les plus âgés de vos communautés, ce que signifie pour eux l’hospitalité envers Dieu et envers les autres. Cela vous fera du bien d’écouter l’expérience de ceux qui vous ont précédé.
Chers jeunes, il est temps de repartir en hâte vers des rencontres concrètes, vers un véritable accueil de ceux qui sont différents de nous, comme cela s’est passé entre la jeune Marie et la vieille Elisabeth. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons surmonter les distances – entre générations, entre classes sociales, entre ethnies, entre groupes et catégories de toutes sortes – et même les guerres. Les jeunes sont toujours l’espoir d’une nouvelle unité pour l’humanité fragmentée et divisée. Mais seulement s’ils ont la mémoire, seulement s’ils écoutent les drames et les rêves de leurs aînés. « Ce n’est pas un hasard si la guerre est revenue en Europe au moment où la génération qui l’a vécue au siècle dernier est en train de disparaître » (Message pour la 2e Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées). Une alliance entre jeunes et anciens est nécessaire, pour ne pas oublier les leçons de l’histoire pour surmonter les polarisations et les extrémismes de notre époque.

En écrivant aux Éphésiens, saint Paul annonçait : « Dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine » (2, 13-14). Jésus est la réponse de Dieu aux défis de l’humanité, en tout temps. Et cette réponse, Marie la porte en elle lorsqu’elle va à la rencontre d’Elisabeth. Le plus beau cadeau de Marie à sa parente âgée est de lui amener Jésus. Bien sûr, l’aide pratique est également très précieuse. Mais rien n’aurait pu remplir la maison de Zacharie d’une joie aussi grande et d’un sens aussi plénier que la présence de Jésus dans le sein de la Vierge, devenue tabernacle du Dieu vivant. En cette région montagneuse, Jésus, par sa seule présence, sans dire un seul mot, prononce son premier « Sermon sur la montagne » : il proclame silencieusement la béatitude des petits et des humbles qui se confient à la miséricorde de Dieu.

Mon message, pour vous les jeunes, le grand message dont l’Église est porteuse, c’est Jésus ! Oui, Lui-même, son amour infini pour chacun d’entre nous, son salut et la nouvelle vie qu’il nous a donnée. Et Marie est le modèle de la manière d’accueillir ce don immense dans notre vie et de le communiquer aux autres, nous faisant, à notre tour, des porteurs du Christ, des porteurs de son amour compatissant, de son service généreux à l’humanité souffrante.

Tous ensemble à Lisbonne !

Marie était une jeune fille comme beaucoup d’entre vous. Elle était l’une des nôtres. L’évêque Tonino Bello a écrit à son sujet : « Sainte Marie, […] nous savons bien que tu étais destinée à naviguer en haute mer. Mais si nous t’obligeons à naviguer près de la côte, ce n’est pas parce que nous voulons te réduire au niveau de notre propre petit cabotage. C’est pour que, en te voyant si proche des rivages de notre découragement, nous puissions saisir la conscience d’être nous aussi appelés à nous aventurer, comme toi, sur les océans de la liberté » (Maria donna dei nostri giorni, San Paolo, Cinisello Balsamo 2012, p. 12-13).

Du Portugal, comme je l’ai rappelé dans le premier Message de cette trilogie, aux XVe et XVIe siècles, de très nombreux jeunes – parmi lesquels tant de missionnaires – sont partis vers des mondes inconnus, pour partager aussi leur expérience de Jésus avec d’autres peuples et nations (cf. Message JMJ 2020). Et sur cette terre, au début du XXe siècle, Marie a voulu rendre une visite spéciale, lorsque, de Fatima, elle a lancé à toutes les générations le puissant et prodigieux message de l’amour de Dieu qui appelle à la conversion, à la vraie liberté. À chacun et à chacune d’entre vous, je renouvelle ma chaleureuse invitation à participer au grand pèlerinage intercontinental des jeunes qui culminera aux JMJ de Lisbonne en août prochain ; et je vous rappelle que, le 20 novembre prochain, Solennité du Christ Roi, nous célébrerons la Journée Mondiale de la Jeunesse dans les Églises particulières du monde entier. A cet égard, le récent document du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie – Orientations pastorales pour la célébration des JMJ dans les Églises particulières – peut être d’une grande aide pour tous ceux qui travaillent à la pastorale des jeunes. Chers jeunes, je rêve qu’à l’occasion des JMJ, vous puissiez faire à nouveau l’expérience de la joie de la rencontre avec Dieu et avec les frères et soeurs. Après de longues périodes d’éloignement et d’isolement, nous redécouvrirons ensemble à Lisbonne – avec l’aide de Dieu – la joie de l’étreinte fraternelle entre les peuples et entre les générations, l’étreinte de la réconciliation et de la paix, l’étreinte d’une nouvelle fraternité missionnaire ! Puisse l’Esprit Saint allumer dans vos coeurs le désir de vous lever et la joie de marcher tous ensemble, de manière synodale, en abandonnant les fausses frontières. Le moment de nous lever, c’est maintenant ! Levons-nous en hâte ! Et comme Marie, portons Jésus en nous pour le communiquer à tous ! En ce bel âge de votre vie, allez de l’avant, ne remettez pas à plus tard ce que l’Esprit peut accomplir en vous ! De tout coeur, je bénis vos rêves et vos pas.

De Saint Jean de Latran, 15 août 2022, Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie.
FRANÇOIS