Mormoiron, église Saint-Laurent : une vieille dame corsetée...

31 août 2020

Les soustets 

Escaladez la vieille ville par ses frais et obscurs soustets en escaliers, et abordez-la par le chevet. Ruinée au XVe siècle, puis reconstruite, le tremblement de terre du 11 juin 1909 la secoua si bien qu’on la ceintura d’une attelle de béton : un jour peut-être, la générosité du public lui rendra-t-elle sa jeunesse. Car elle reste belle, la vieille dame impotente : un clocher couronné de deux horloges, un minuscule campanile avec sa cloche horlogère, un bourdon dans son arcature romane, s’arrondit en un délicieux petit chevet roman.

Entrez : le chœur roman conserve sa table de communion en fer forgé, encadrée de deux gracieuses appliques en ferronnerie dorée soutenant les lustres, quatre grandes lanternes de procession complètent l’éclairage… un autel surmonté d’un retable doré : c’est saint Laurent, le patron des lieux. Le décor peint et complet du XIXe de la nef et des chapelles romanes atteste de la permanence de la foi et de la générosité des habitants sur cinq siècles.

Chaire panneau central

Attardez-vous sur les cinq panneaux de la chaire en bois blond où vous attendent les quatre Évangélistes : Luc et son taureau, Marc et son lion, le juvénile Jean et son aigle, Matthieu et son ange… ouvrez votre Bible à Ézéchiel 1, 1-10 : «  ils avaient tous une face d’homme, tous quatre une face de lion à droite, tous quatre une face de boeuf à gauche, et tous quatre une face d’aigle. » et à Apocalypse 4 ; 7-8 : «  Le premier Vivant ressemble à un lion, le deuxième Vivant ressemble à un jeune taureau, le troisième Vivant a comme un visage d’homme, le quatrième Vivant ressemble à un aigle en plein vol.  » Le cinquième panneau représente la fameuse bête de l’Apocalyse au chiffre de 666 que terrasse le Christ portant à la main droite sa bannière de ressuscité : « Alors, j’ai vu monter de la mer une Bête ayant dix cornes et sept têtes, avec un diadème sur chacune des dix cornes et, sur les têtes, des noms blasphématoires.  » (Apo. 13-1) 

Le fond de la nef s’ouvre sur une salle rectangulaire au plafond de stuc du XVIIIe siècle : sans doute le reste de l’ancien presbytère ouvert ensuite sur l’église. Vous y verrez de magnifiques fonts baptismaux, de belles statues, tableaux, bannières : bref, un beau moment. 

Bannière du Vœu

Avant de partir, une petite curiosité aux délicieux coloris pastels : la bannière datée du 7 juin 1872 : « Oui nous nous consacrons à son cœur  » proclame un broderie encadrant un coeur en flamme ceinturé d’épines et coiffé d’une croix qui laisse goutter des larmes de sang sur un globe terrestre estampillé « France », le tout encadré de deux branches de lys de la Vierge aux boutons effilés non encore éclos… rappel du temps du Vœu national de 1871 qui aboutit à la construction du Sacré-Coeur de Montmartre… et au Sacré Cœur d’Avignon ! 

François-Marie Legœuil