Octobre 2023 : Renouvellement de la mission : « La mission comprise comme un dialogue »

29 mars 2024

Renouvèlement de la mission : « La mission comprise comme un dialogue »

Dans le dimanche des missions je me penche sur un petit livre qui vient de paraître qui a comme titre « Dieu a tant aimé le monde. Petite théologie de la mission », du cardinal de Marseille JM Aveline. La teneur du texte est au même temps très riche et très simple. Elle laisse un aperçu profond sur le sens de la Mission aujourd’hui : « Quand on n’a que l’Amour pour offrir en partage », dit le cardinal (en citant J Brel) en son épilogue, alors la Missio Dei est à l’œuvre.

« Ces pages expriment l’intime conviction que voici : aux prises avec les bouleversements de notre époque, rongée de l’intérieur par des multiples crises qui obligent à un redoutable mais salutaire travail de conversion, observant avec attention non seulement les nouveaux questionnements mais aussi les innombrables germes d’espérance qui surgissent en elle-même et au-dehors, l’Eglise doit une nouvelle fois, soixante ans après la tenue du concile Vatican II, approfondir sa compréhension de la mission que Dieu a voulu lui confier. Cette conviction, je l’ai acquise de manière à la fois existentielle, pastorale et théologique. Il nous faut apprendre à conjuguer l’urgence et la patience. L’urgence d’une charité qui sans cesse nous presse et la patience d’une fraternité qui lentement se tisse ».

Cette compréhension renouvelée de la mission la fonde JM Aveline sur l’engagement de Dieu avec les hommes, qui s’est manifesté dans le Dialogue de Dieu. C’est le dialogue interpersonnel que Dieu est, qui est la base de la Révélation, et donc aussi la base de la Mission. Mon enthousiasme est devenu grandissant en voyant, non seulement qu’il coïncidait avec l’appel de notre vocation « Dialogue de Dieu », mais aussi qu’il avait les mêmes fondements et les mêmes vues. Pour ce renouvellement de la mission il cite le pape Paul VI en Ecclesiam Suam : « La Révélation , qui est la relation surnaturelle que Dieu lui-même a pris l’initiative d’instaurer avec les hommes, peut être représentée comme un dialogue (colloquium)… » dans lequel le Verbe de Dieu révèle l’engagement interpersonnel qu’il vit avec les hommes . « C’est dans cette conversation du Christ avec les hommes (cf Baruch 3,38) que Dieu laisse comprendre quelque chose de lui-même… » Ainsi Aveline affirme « C’est précisément parce que Dieu a choisi ce mode dialogale pour se faire connaitre, que nous comprenons que la mission de l’Eglise, devant s’ajuster au geste de Dieu, devra, elle aussi, revêtir un mode dialogale ».

Il s’agit de vivre le commandement de la mission dans l’attitude spirituelle du dialogue, elle-même inspirée du geste de Dieu dans sa révélation. Le plus étonnant n’est pas que les chemins des hommes vers Dieu soient multiples, mais plutôt que « les chemins de Dieu vers l’humanité soient toujours adaptés à la situation culturelle, sociale, religieuse, irréligieuse, areligieuse, athée, de chaque personne humaine. Telle est l’action de grâces profonde de tout missionnaire qui se découvre sans cesse précédé dans toutes les Galilée des nations où il est envoyé », dit le cardinal dans son texte.

Il voit dans le dialogue la clé du renouvellement de la Mission, pour rejoindre les hommes et pour rejoindre « tout l’homme », il faut se placer dans un dialogue qui rencontre la fibre divine du cœur de l’autre. En citant CS Lewis, dit de l’enfer, « si les portes sont fermées, elles le sont de l’intérieur ». La liberté est au commencement et au terme de l’aventure humaine et le cardinal ajoute : « cela prévient de la tentation de réduire le travail missionnaire à un processus mécanique qui reviendrait à instrumentaliser la rencontre : le dialogue est bien plus qu’une condition de possibilité de l’annonce qui en serait la finalité ». Toute vision fonctionnelle de la mission comprise comme faite « d’en haut » est dépassée. Il est récupéré ainsi, au centre de la mission, le chemin de la rencontre réciproque que le Fils de Dieu a suivi dans sa mission jusqu’à la rencontre avec Pilate. Jn 18,37. Il est au cœur du concile comme on voit en DH11

D’ici se dérive que le dialogue est déjà une annonce implicite de la Bonne Nouvelle d’un Dieu Trinité, « d’un Dieu qui est lui-même relation, relation d’amour, et qui se révèle en proposant à chaque être humain une proximité respectueuse qui ouvre au dialogue de salut ». Conclut le cardinal, que parce que notre théologie n’est pas assez trinitaire qu’il manque à notre agir missionnaire sa dimension dialogale ! Voici quelques réflexions sur la mission tirées du livre d’Aveline. Je vous encourage à les approfondir et les partager en ce mois des missions ! Seulement dans le style missionnaire du Christ notre vie de chrétiens deviendra un baume en notre France bouleversée par la violence. L’esprit de « centrement sur soi-même » ou de « conquête sur l’autre » ne fait qu’augmenter la tension !

PACO ESPLUGUES