Portrait de prêtre : Marcel Bang

31 octobre 2016

Depuis 2011, le Père Marcel Bang est curé du secteur de Notre Dame des Dentelles, secteur regroupant sept paroisses : Aubignan, Beaumes de Venise, Vacqueyras, Gigondas, La Roque d’Alric, Lafare et Suzette.

(Extrait du Bloc-Notes, novembre 2016)

Qu’est ce que ça fait d’être curé depuis 5 ans dans un même lieu  ?

Ça apporte beaucoup  !
Cependant, le «  mandat  » de curé étant généralement de six ans, je suis dans ma dernière année  ; donc cela apporte aussi des regrets de ne pas pouvoir continuer un travail pensé, structuré… Mais tout dépendra de l’Evêque  !
Pour moi comme pour tous les curés, les points positifs sont dans les choses simples inhérentes à la mission de curé :
la joie d’une célébration,
la joie d’accueillir des personnes avec des demandes toutes simples. On nous appelle en demandant un baptême, un mariage et souvent ces personnes n’ont pas idée de ce à quoi elles s’engagent, où elles vont, ou ce qu’est un sacrement.
Pour tout pasteur ces demandes audacieuses et à la fois candides sont une joie.
Oui, il y a une grande joie dans ces choses simples qui nous disent finalement le mystère de la foi : on ne comprend pas toujours mais on veut s’engager, avec un instinct qui nous pousse à y aller.
Et ces appels simples me rappellent ma pauvreté, la pauvreté des tous les humains.

Peut-être aussi, dans la profondeur inexpliquée de ces demandes simples, y a- t-il l’appel de Dieu  ?


Il est là le mystère de la foi : quelque chose qui ne part pas de nous, que nous ne contrôlons pas, mais quelque chose qui inspire une confiance puisqu’il s’agit de Dieu. Il y a une culture de la stabilité qui s’enracine et crée cette confiance, même si, bien sûr, on n’est pas souvent très pratiquants  ! Il faut donc discerner dans l’appel téléphonique des personnes qui font une demande, la fidélité de Dieu et sa présence au cœur même de la demande toute simple et pauvre.

Comment traduisez-vous cela dans l’accueil des personnes  ?

Je le traduis tout d’abord en accueillant les personnes avec un grand sourire, car je me dis : Voilà quelqu’un qui est touché par la Grâce  !
Ensuite, je propose aux personnes un cheminement avec elles, et j’essaie de l’adapter en fonction d’elles, de leur disponibilité etc...
C’est là qu’on retrouve le cœur de la vie du curé : prendre soin des âmes. Et cela se traduit par des attitudes simples, notamment être présent en paroisse pour pouvoir accueillir ces personnes qui viennent à nous. Nous avons encore cette chance d’avoir des racines culturelles chrétiennes dans nos familles, dans nos vies et c’est un atout important sur lequel nous pouvons nous appuyer. Dans mon activité pastorale, 80% des personnes viennent à nous et nous avons le devoir de mettre un soin particulier à les accueillir.
La question d’aller vers les personnes est essentielle dans l’Église  ; mais d’un autre côté, en avons-nous vraiment les moyens  ? Il me semble que, tout d’abord, nous devons prendre soin de ceux qui viennent à nous  ; alors les choses pourront avancer et nous pourrons aller vers les autres.

Comment alors mettre en œuvre alors cette sortie vers les autres  ?

J’essaie de tisser avec chacun de mes paroissiens un lien assez spécifique  ; et à travers ce lien qui commence par une rencontre purement humaine, Dieu ensuite fait le reste  !
Tout passe par la relation : on ne peut pas prendre soin des âmes si nous n’avons pas de relation personnelle avec les personnes, si nous ne pouvons pas les appeler par leur nom.
D’ailleurs, lors de la rentrée pastorale, j’ai fortement insisté auprès des personnes de l’accueil, sur la qualité de l’accueil en paroisse. Le lieu de l’accueil paroissial n’est pas un lieu administratif : il est un lieu d’accueil où on doit être capable, en regardant l’autre dans les yeux, de le nommer, le reconnaître au cœur même de la foule. Surtout quand on a un secteur, l’accueil paroissial devient un relais missionnaire important.
Depuis 5 ans maintenant que je suis curé (je suis jeune curé car c’est mon premier poste de curé  !), je pense que tout se joue et se noue dans la relation.

Puisque, justement, c’est là votre premier mandat de curé, j’aimerais savoir si votre vision de la mission de curé aujourd’hui est différente de celle de vos débuts en ce ministère  ?

Oui, elle a beaucoup changé dans la mesure où je suis resté à l’écoute des personnes, où j’ai découvert la personne humaine dans sa profondeur en allant rencontrer les gens dans la rue.
J’ai découvert aussi les structures : quand on est vicaire ou jeune curé, on est plein de projets et on se dit qu’on va faire des tas de choses. Et le premier écueil que j’ai eu comme curé a été de faire face à mon premier conseil aux affaires économiques  ; j’ai rencontré à ce moment-là une force d’inertie inouïe  ; et après le conseil, je suis rentré chez moi et j’ai pleuré.
J’ai pleuré parce que cette force bloquait tout, parce que je me disais qu’il manquait quelque chose aux personnes à l’origine de cette force bloquante. Ces personnes avaient tout le réalisme de la situation, l’expertise, la compétence mais il manquait quelque chose. Je me suis dit alors qu’il fallait que j’essaie de construire les structures autrement et cette construction nouvelle me demandait aussi un chemin personnel, un chemin autour de la rencontre. J’ai essayé de rencontrer chacune des personnes du conseil, j’ai discuté avec elles humainement, afin qu’elles me découvrent.
Car, quand on arrive tout frais curé dans une paroisse, les paroissiens sont, eux, établis et c’est toujours l’épreuve de l’inconnu pour tous  !
Je les ai rassurés en leur disant que nous étions là à œuvrer ensemble pour Jésus, pour la construction de son Eglise.
Je leur disais aussi, qu’au milieu de la structure économique de la paroisse, le curé est le tiers facteur, car, selon le curé, la vie économique de la paroisse sera différente et que mon seul désir était d’œuvrer avec eux.
Aujourd’hui, je peux dire que cette expérience a porté : les murs sont tombés et le travail a pu continuer à se faire  !
Oui, j’ai pleuré mais je me dis qu’il y a toujours beaucoup de Grâce dans ces choses simples y compris le fait de pleurer  ; on ne peut pas chercher à tout chapeauter, à construire tout soi-même, car tel n’est pas le but  !

Quel conseil donneriez-vous à un jeune curé qui vient d’être installé  ?

Je ne me permettrais pas de donner un conseil sauf peut-être d’être un ami au milieu des autres amis. Car, en fait, nous avons l’avantage  ; c’est d’ailleurs une parole forte du Christ : «  Celui qui n’est pas contre nous est avec nous  » (Marc 9, 40). Et cet avantage, nous l’avons dans l’Église :les personnes baptisées ont une certain respect pour l’Église. Pour pouvoir bénéficier d’une relation, il faut savoir s’approcher des personnes en tant qu’ami  ; ainsi, nous pouvons leur rappeler qu’elles sont aussi amies de Jésus. Le curé ne vient ni manager, ni diriger, mais conduire, accompagner. Je préfère davantage «  accompagner  » que «  conduire  ».

Oui mais vous êtes pasteur  !

Justement, dans sa relation, le pasteur n’est pas un guide suprême, il connaît son troupeau et le troupeau connaît le pasteur  ; et cela n’est possible que parce qu’une rencontre a pu être possible.

On revient toujours à ça car c’est le cœur de la connaissance de l’homme, le cœur de la connaissance de Dieu  ?

Oui, c’est le cœur de la connaissance, et j’aime bien dire à mes paroissiens «  le Père me connaît comme moi je connais le Père  » (Jn 10, 15).
La con-naissance est la naissance avec, et celui qui naît avec connaît une certaine intimité. Le Christ nous invite à cette connaissance, à cette intériorité, dans cette vie où, finalement, nous ne sommes plus étrangers les uns des autres. Le Christ nous enseigne sur cette fraternité en appelant Dieu, «  Père  »  !

Cela aussi fait la joie du curé  ?

Oui.
Au-delà de la joie de la connaissance, il y a la joie de la reconnaissance  ; cela va ensemble  !
Reconnaissance en premier comme identification, visibilité pour ma vie de chrétien, de baptisé, reconnaissance aussi comme légitimation par rapport à ma fonction de Père.
La connaissance et la reconnaissance vont, quelque part, légitimer ma présence (visibilité) au milieu des personnes qui découvrent que cette présence est importante : un père, un frère, un ami dans la communauté, dans le village.
Au-delà de tout ceci et comme je l’ai déjà évoqué, la grande joie qui est mienne est celle du pauvre humain que je suis et à qui Dieu a confié beaucoup  !

Alors il vous sera demandé beaucoup  ?

Dans le quotidien de ma vie, je fais déjà cette expérience : dormir à point d’heure, être à l’écoute des personnes. J’essaie de rendre ce que j’ai reçu  ! Et il y a donc non seulement une grande joie à se reconnaître pauvre, choisi de Dieu, mais aussi une grande joie à se donner  !

Il me semble qu’on est tout près de Dieu Miséricorde  ! Comment d’ailleurs avez-vous vécu cette année de la Miséricorde  ?

Le Cœur de Dieu miséricordieux sait voir le cœur de l’homme. Et cette année de la Miséricorde, je l’ai accueillie comme un bienfait pour l’Eglise en général.
En décrétant cette année de la Miséricorde, je crois que l’intention du Pape était aussi de nous ouvrir à une attitude d’apaisement  ; en effet, nous avons une mauvaise connaissance de Dieu, ou une mauvaise compréhension : beaucoup aujourd’hui ont une connaissance de Dieu à travers ce qu’ils entendent, ce qu’ils lisent et il en sort une méconnaissance de Dieu qui bloque la relation avec Lui.
Cette année de la miséricorde, avec les missionnaires de la miséricorde, avec tout ce qu’on a prêché, tout ce qu’on a eu à vivre, a permis aux fidèles de se positionner autrement vis à vis de Dieu. Et cela est positif dans l’apaisement ainsi produit.
Nous avons besoin de la Miséricorde, non pour que Dieu puisse pardonner nos fautes, mais nous en avons besoin car la vie ensemble n’est pas possible sans cette Miséricorde.
Pour construire une communauté chrétienne, une communauté de vie qui vit la même foi, il est important pour nous déjà en paroisses, d’être serviteurs de cette Miséricorde, de pouvoir l’appliquer et la vivre afin qu’elle puisse rayonner autour de nous.
Elle est essentielle cette année de la Miséricorde, pour permettre à chaque homme de se repositionner vis à vis des autres, et vis à vis de Dieu.

Mais la Miséricorde est liée à l’Amour  ?

Oui complètement. La pratique de l’Amour a ses exigences. C’est pourquoi, pour beaucoup de nos contemporains, notre religion est une «  religion de morale  » ce qui est faux, car l’amour est exigeant. Il est alors important de se situer par rapport à la vérité de l’Amour afin qu’il n’y ait pas de confusion dans ma pratique au quotidien. Alors je pourrai goûter à l’apaisement donné par la Miséricorde de Dieu.
Mais au-delà de cet apaisement, la Miséricorde m’apporte une naissance, une nouvelle naissance qui permet de m’ajuster dans ma relation à Dieu. Dans cet ajustement -notion théologique- il y a l’idée d’un assemblage parfait avec Dieu, mais aussi avec les autres.
Alors, je ne serai plus un électron libre à côté de cette réalité de vie dans le monde dans lequel je suis : je serai avec les autres, à ma juste place.

Finalement, le but est d’être pleinement humain  ?

Oui tout à fait, mais ce n’est pas seulement l’affaire de nous autres chrétiens : c’est l’affaire de l’humanité.

Elle est peut-être alors là l’annonce à avoir à l’extérieur  ?

Oui, cette annonce passe essentiellement par le témoignage, l’exemplarité de ma vie. C’est exigeant, mais comme je le disais tout à l’heure, c’est la nature-même de l’Amour qui le veut ainsi. Ce n’est pas le fait de la pratique religieuse qui fait de la religion un ensemble de préceptes moraux.
Au cœur de tout amour, il y a une relation de confiance qui va se développer en don, en ouverture vers. Je ne peux pas m’ouvrir à l’autre si je n’ai pas pleinement sa confiance  ; l’amour n’est pas permissivité mais exigence – ne pas comprendre dans le sens moral ou éthique-.

Alors la sainteté ne se trouve-t-elle pas là, au cœur de cette communion de miséricorde et d’amour qui nous rend pleinement humain et ajustés dans notre relation à Dieu et aux autres  ?

Toujours plus humain pour retrouver le visage de Dieu partout au milieu de tous  ! C’est là l’appel profond à la sainteté. C’est une humanité qui est appelée à être construite tous les jours, et c’est dans cette construction qu’on va retrouver la ressemblance de l’homme à Dieu  ; ce n’est pas en devenant des dieux. C’est en étant plus humain qu’on retrouve Dieu  ! Donc un appel à se sentir pauvre et humble  !

Quels sont les saints patrons de vos paroisses  ?

A Aubignan, c’est saint Victor  ; pour Beaumes de Venise, saint Nazaire  ; pour Vacqueyras, saint Barthélemy, pour Gigondas, sainte Catherine, pour la Roque Aleric, saint Michel et saint André, pour Suzette, saint Jacques, pour Lafare, saint Sixte.
Je pense que chaque pasteur, à son époque, a essayé de porter ce message fort de la sainteté à chacun de ses frères.
Dans l’Eucharistie que nous célébrons tous les jours, qui évoque la communion, l’assemblée, on a deux moments très forts qui sont l’échange de paix et la prière des frères  ; et ces moments forts arrivent juste avant qu’on partage ensemble le Pain de Vie. La liturgie nous aide à comprendre notre vie  !

Pour terminer une Parole de Dieu que vous aimez beaucoup  ?

Je dirais que c’est toute la Bible  ! Et la Parole de ce jour pour moi est cette invitation même du Seigneur : «  Revenez à moi de tout votre cœur  !  » (Jl 2, 12) C’est important pour nous, chrétiens, de retrouver notre humanité qui nous donne de naître avec Dieu, et de Le connaître  !