Vivre le Carême... en mode vert intégral ?

1er mars 2022

Nous voici déjà aux portes du Carême, plus ou moins prêts à entamer ce chemin dans le Chemin, à nous mettre encore plus particulièrement à la suite du Christ par des efforts redoublés de prière, de pénitence et de partage. Aïe. Dit comme cela, ce n’est pas très engageant… mais le joug a beau être léger, notre Grâce passe bien par la Croix ! Peut-être que, si nous avions pris un temps de préparation au Carême, quelque chose comme une version jumelle de la période de l’Avent, nous arriverions au Mercredi des Cendres avec un peu plus que de bonnes intentions pour gagner en sainteté.

La fête du Mardi Gras est aussi trompeuse : un défouloir avant les restrictions, un sursaut de vices, une orgie d’envies ; comme si l’exercice des vertus n’apportait pas la félicité ! Comme si le Carême n’était que contraintes contenues dans quarante jours, qu’il faudrait affronter en ayant fait d’abord le plein de futilités éphémères, de plaisirs passagers ; alors que nous pourrions apprendre à délaisser ces envies pour nous tourner vers des désirs porteurs de sens, ordonnés au Christ.

C’est choisir de se lancer dans un tour du monde en avion avant que la sobriété nécessaire au partage des ressources planétaires ne rende ces voyages impossibles. C’est prendre le problème à l’envers.

Nous nous accrochons à nos petites jouissances au lieu de prendre le temps et la peine et la joie d’apprendre à aimer, à pratiquer ce qui nous apportera vraiment le bonheur, et qui ne remettra pas en question le bonheur des autres, ni la Création, ni notre rapport à Dieu. Voilà un exercice d’écologie intégrale pour ce Carême !

Par la pénitence, discerner ce qui relève du superflu sans substance, et y opposer la pratique des vertus et des vraies joies.

 « L’attitude fondamentale de se transcender, en rompant avec l’isolement de la conscience et l’autoréférentialité, est la racine qui permet toute attention aux autres et à l’environnement, et qui fait naître la réaction morale de prendre en compte l’impact que chaque action et chaque décision personnelle provoquent hors de soi-même. » 1

Par le partage, nous interroger sur nos besoins réels, sur ceux que nous comblons (il y a peut-être là une marge de manœuvre ample comme les bras de la Croix), et les confronter aux besoins réels de nos frères, qui restent parfois sans réponse.

« Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne. » 2

Avec l’aide de la prière, nous mettre à l’école de l’amour du Christ et aimer notre prochain comme Lui l’aime : or, chacun de nous est aimé, chacun de nous a du prix aux yeux de Dieu, chacun de nous est nécessaire.

« La protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres. » 3

 

Bon Carême, dans la joie de la préparation de Pâques !

Marie-Anne MOLLE

 

1 Pape François dans Laudato Si, §208
2 Saint-Jean Paul II cité dans Laudato Si du Pape François, §93
3 Pape François dans Laudato Si, §70